APPEL DU C.N.R A L'INSURRECTION

(19 août 1944)

 

A LA NATION FRANÇAISE, AU PEUPLE PARISIEN

 

Voici l'heure que nous attendions depuis quatre ans. Sans la voir, mais pour que nous puissions la voir, des dizaines de milliers de Français ont donné leur vie, des centaines de milliers de Français ont sacrifié leur liberté. Au bout du chemin des douleurs, il est à portée de notre main de reprendre nos destins d'hommes libres.

 

Les armées américaines et britanniques déferlent vers la Loire et la Seine, cependant que les meilleures divisions allemandes sont tenues à la gorge. Au terme d'un admirable effort, l'armée soviétique menace le territoire ennemi. Les temps vont s'accomplir où la liberté française soulèvera la pierre du tombeau, où la justice reparaîtra sur la terre, qui fut en Europe sa plus ancienne patrie, où après tant d'horreurs et d'humiliations, nous retrouverons l'honneur et la fierté.

 

Il n'est pas est possible que nous assistions en spectateurs à la victoire. Nous venons d'une trop dure épreuve, d'une trahison trop lourde pour n'avoir pas à cœur de faire nous aussi notre tâche, à l'heure qu'a marquée l'Histoire.

 

Déjà, les Forces Françaises de l'Intérieur, plus riches cependant de bravoure que d'armes, ont puissamment contribué aux progrès désormais foudroyants des forces alliées. Grâce à elles, la France broyée, bafouée mais vivante par l'espérance et par la volonté, n'e se présentera pas les mains vides dans l'assemblée des peuples, le jour prochain où, sur un monde consolé, la Paix et la Justice se tiendront par la main.

 

Le moment est venu de l'insurrection nationale. Sous le commandement des chefs des Forces Françaises de l'Intérieur, sous l'autorité des Comités Départementaux et Locaux de Libération, les Français doivent passer à la lutte.

 

Fidèles à la discipline, sourds à la provocation dans l'union totale de tous les patriotes, les Français se lèveront pour combattre et pour vaincre, selon les directives du Gouvernement provisoire de la République, présidé par le Général de Gaulle, et du Conseil National de la Résistance, agissant en son nom sur le territoire envahi.

 

La République sera proclamée en présence du peuple de Paris. Aucun maquignonnage, aucune combinaison louche ne seront tolérés. Il n'y a pas d'autre gouvernement légitime de la France que le Gouvernement provisoire de la République, présidé par le Général de Gaulle.

 

C'est l'heure du courage. La Victoire est là.

 

LE CONSEIL NATIONAL DE LA RESISTANCE

 

Le programme du Conseil National de la Résistance rend au pays son indépendance nationale.

 

De nombreuses mesures sociales réaffirment les principes du droit au travail, du droit au repos, du relèvement des salaires, de la garantie du pouvoir d'achat, d'une retraite convenable, de la sécurité sociale, des droits syndicaux, d'une politique scolaire laïque et démocratique, des nationalisations des grandes entreprises, de la représentation des salariés, de la culture pour tous...

 

Personne parmi les dirigeants de la Résistance ne songe à aller à contre-courant.