QU'AVONS-NOUS APPRIS DE LEUR VICTOIRE ?

ASSOCIATION NATIONALE DES CHEMINOTS ANCIENS COMBATTANTS de TOULOUSE

La constitution d'une mémoire historique de la seconde guerre mondiale est une question fon­damentale pour l'avenir de l'Europe. Tant qu'on laissera se développer des mémorialisations politiquement instrumentalisées, un véri­table dialogue politique et culturel sera des plus difficiles.

Ce n'est pas faire injure à la mémoire des soldats américains tombés le 6 juin 1944 que d'affirmer comme le contre toute l'histoire militaire que le nombre de victimes aurait été incompa­rablement plus élevé si l'appareil militaire nazi n'avait connu, auparavant, les deux défaites de Stalingrad et de Koursk. Cette dernière bataille qui se déroula en juillet 1943 est même plus importante que Stalingrad qui pourtant symbolise à juste titre la résistance soviétique face aux nazis. C'est à l'arc de Koursk que, de l'avis même des généraux allemands tomba la fleur de l'ar­mée allemande.

Si l'industrie du Reich pouvait remplacer les chars détruits par centaines, il n'était pas possible de remplacer les équipages hautement expérimentés et aguerris qui avaient dominé les champs de bataille européens depuis 1939. Les cen­taines de tankistes qui périrent dans cette bataille manquèrent désespérément en juin 1944.

Ce fut heureux pour les alliés occi­dentaux de l'Union Soviétique, quand on connaît les dommages que provoqua l'un des survivants de cette élite allemande. Le 13 juin 1944, l'Oberstomfuhrer-SS Michael Wittmann aux commandes d'un char Tigre bloqua à lui seul, l'avancée de la 7ème division blindée britannique après avoir massacré une colonne qui sortait de Villers Bocage en Normandie (Calvados).

Le succès stratégique du débarquement en Normandie fut assuré quand l'armée américaine perça le front ennemi à Avranches (opération Cobra) à la fin juillet 1944 puis entama le mouvement tournant qui lui fit passer la Seine le 25 août permettant la libéra­tion de Paris et lui permis d'atteindre Mons en Belgique au début septembre 1944 laissant le soin au général Leclerc de libérer Pa­ris avec le peuple de Paris et la Résistance plus pressée d'arriver à Berlin avant l'armée rouge.

Cependant si la manœuvre de la 3ème armée commandée par Patton rencontra un tel succès stratégique ce fut avant tout parce que les réserves allemandes déployées en France étaient quasi inexistantes. Et si le déploiement des forces ennemies était aussi faible, c'était avant tout le résultat de l'offensive de Biélorussie (opération Bagration) qui commença le 23 juin 1944 et aboutit à l'anéantis­sement du groupe d'armée centre de la Wehrmacht. Pour cette seule opération qui conduisit les forces soviétiques jusqu'aux berges de la Vistule et à la bataille de Berlin où l'armée rouge perdit autant d'hommes que les alliés occidentaux pendant toute la guerre (environ 400 000 soldats), l'armée rouge affronta plus de 800 000 hommes, plus de 1000 chars et environ 9000 pièces d'artillerie soit des effectifs hors de proportion avec ceux de Bradley et Patton durent combattre.


 

 

 

L'armée rouge est rouge du sang versé pour le salut de l’Europe.

(François Mauriac 1945)

 

 

 

 

Les succès des uns n’enlèvent rien aux succès des autres. Personne ne conteste à Patton d'avoir mené en août 1944 ce qui fut certai­nement la plus brillante opération de l'armée américaine de toute la seconde guerre mondiale.

Mais personne ne doit oublier que l'essentiel des forces alle­mandes n'était pas en Normandie mais en Russie, et que l'offen­sive, dont on ne parle jamais, menée par Bagration, Tchernya-kovski et Zakharov décida tout autant si ce n'est plus du destin de l'Europe que le brillant raid blindé de Patton. La réticence de l'histoire contemporaine, hors des ouvrages écrits par des spécia­listes à rendre compte de la contribution soviétique à la victoire contre le nazisme est un problème que l'on retrouve encore au­jourd'hui dans les manuels destinés à l'enseignement.

Que la mémoire des habitants d'Europe Occidentale ait une vi­sion rétrécie de la contribution soviétique avec ses 25 millions de morts en plus d'avoir supporté seule le plus grand poids de la guerre et offre une place centrale à la contribution des alliés occi­dentaux n'est pas en soi un phénomène étonnant ni anormal. Les troupes qui ont chassé l'occupant furent souvent américaines, anglaises ou canadiennes, parfois françaises. Mais que l'histoire soit réduite à cette mémoire sélective, que les hommes politiques continuent par leurs discours et leurs politiques commémorative à cette falsification de l'histoire n'est pas sans inquiéter, compte tenu du contexte actuel quant à l'avenir de l'Europe.

Parler aujourd'hui de l'Union Soviétique c'est être taxé de nostalgique dinosaure perdu dans le désert de Kalahari.

Cependant 73 ans après leur « grande guerre patriotique », pour les alliés occidentaux l'ennemi se situe toujours à l'Est.

En témoigne les récentes déclarations d'un général américain de l'Otan, structure agressive par excellence et de surcroît ob­solète qui déclarait « il est impérieux de défendre nos frontières » comme s'il était propriétaire de l'Europe avant que les chars russes ne s'apprêtent à franchir le Dombass pour arriver jusqu'à Bilbao ce qu'ils n'ont pas pu réaliser en 1945.

C'est sans doute pour ces raisons que des centaines de militaires français au nom de l'OTAN stationnent actuellement aux fron­tières de la Russie. La PAIX n'a jamais été aussi précaire dans une période où les poussées nationalistes embrasent l'Europe et où les mesures coercitives économiques et politiques s'abattent sur la Russie. Que les médias en boucle nous rabattent les oreilles avec l'annexion de la Crimée n'est pas pour nous sur­prendre sans savoir que c'est Khrouchtchev qui a cédé en 1955 jusqu'en 2045 par décret renouvelable la Crimée à l'Ukraine et que la population de Crimée prorusse s'est prononcée favorable­ment par référendum pour rester avec la Russie. La France aurait été bien inspirée de respecter celui de 2005 et n'a donc pas de leçon de respectabilité à donner.

Il est temps que les alliés occidentaux après 73 ans d'amnésie retrouvent la mémoire et l'utilisent comme une arme de PAIX plutôt que comme une arme de destruction massive de leur propre histoire.

Il le faut pour les enfants d'Europe mais aussi pour ceux de Gaza qui nous regardent, leurs yeux grands ouverts sur l'éternité.

 

 

Jean DUCHENE Vice-Président Section ANCAC Toulouse


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