Gare SNCF d'Austerlitz

Cérémonie commémorative de la Victoire du 8 mai 1945

Intervention de monsieur Farandou à la gare d’Austerlitz

 

 

Madame la ministre,

Messieurs les préfets

Monsieur le député,

Monsieur le Secrétaire général de la grande chancellerie de la légion d’honneur,

Monsieur le Maire du XIIIe arrondissement,

Madame l’Adjointe à la maire de Paris en charge de la mémoire et du monde combattant,

Mesdames et messieurs les élus,

Mon colonel représentant le gouverneur militaire de Paris,

Mesdames et messieurs représentant les anciens combattants,

Mesdames et messieurs les administrateurs et représentants du groupe public ferroviaire,

Mesdames et messieurs représentant les organisations syndicales,

Monsieur le Secrétaire général de la Protection Civile,

Mesdames et messieurs,

Nous sommes réunis aujourd’hui pour célébrer l’anniversaire de la victoire du 8 mai 1945, et honorer la mémoire de toutes celles et de tous ceux qui sont tombés pour la France.

Je pense plus particulièrement au 10 700 cheminotes et cheminots dont 8 500 ont été tués au combat, dans l’exercice de leurs fonctions ou sous les bombardements et 2 200 exécutés ou morts en déportation.

Notre cérémonie résonne aujourd’hui d’une manière particulière puisque l’Ukraine, sur notre continent européen, subit une agression qui voit notamment les civils particulièrement touchés et martyrisés. Ayons une pensée pour le peuple ukrainien qui fait montre d’un courage et d’une résilience qui suscite notre admiration et notre respect.

Aujourd’hui, je tiens à vous remercier vivement pour votre présence à cette cérémonie nationale de la SNCF qui fait suite à celle tenue ce matin en gare de Montparnasse à Paris et sachez que de nombreuses autres cérémonies se déroulent également en Régions.

C’est dire l’importance que j’attache, Madame la ministre, que nous attachons, à transmettre notre mémoire combattante, à honorer celles et ceux qui sont tombés : c’est pour nous un devoir impérieux que nous nous efforçons de remplir avec respect et détermination.

C’est ainsi par exemple que nous avons soutenu, avec force, les cérémonies qui, le 22 octobre, ont honoré les 27 otages fusillés à Châteaubriant en 1941 parmi lesquels se trouvaient plusieurs cheminots.

 

En ce 10 mai, nous sommes, Monsieur le Maire, au cœur de la Gare d’Austerlitz, devant les plaques érigées par chaque établissement SNCF du XIIIe arrondissement en mémoire de ses agents tués pendant la période 1939-1945.

Nous sommes également sur les lieux d’où sont partis vers les camps du Loiret 3 747 hommes convoqués et arrêtés le 14 mai 1941, parce qu’ils étaient considérés comme juifs par les lois de Vichy. Très bientôt, le Mémorial de la Shoah ouvrira au public avec notre soutien, la gare de Pithiviers, devenue un lieu de mémoire et d’éducation, deux causes dans lesquelles s’investit la SNCF avec force.

En cette année qui voit le 80ème anniversaire des grandes rafles en France, pendant laquelle 45 convois ont quitté le pays pour les camps de la mort, nous évoquerons aussi l’action de nos 24 collègues qui le 11 septembre 1942 à Lille sauvèrent au péril de leur vie plus de 45 enfants et adultes juifs.

Dans ce cadre, une cérémonie de remise de médaille des Justes est intervenue au Sénat en novembre dernier pour distinguer notre collègue Marcel Hoffman qui a lui seul sauva 16 vies.

La SNCF compte donc désormais 52 justes parmi les Nations.

Chacun le sait, le 10 août 1944, les cheminots, au-delà de toutes les actions qu’ils avaient déjà menées pendant les sombres années de l’occupation, furent les premiers à se mettre en grève à Paris, tout près d’ici sur le réseau d’Austerlitz à Ivry et à Vitry, préfigurant ainsi l’insurrection générale du 19 août et s’illustrèrent dans les violents combats dans tous les arrondissements de la capitale, dont le vôtre Monsieur le Maire. Ce sont notamment les cheminots de l'atelier de Massena qui tiendront la barricade sur la petite ceinture au-dessus de la rue de Patay gardant la ligne et verrouillant l'usage par les troupes allemande du boulevard Massena.

C’est pour honorer la mémoire des cheminotes et cheminots qui ont pris une part très importante dans la résistance contre le joug nazi puis dans la libération de notre pays que nous avons dévoilé, le 8 mai 2021, un nouvel écrin au cœur de notre siège pour accueillir les trois médailles décernées à la SNCF : la Légion d’Honneur à titre militaire et les croix de guerre 1939 - 1940 et 1944 - 1945.

 

Un texte y retranscrit les propos tenus par le Président Auriol et c’est pour moi un honneur que de vous en donner lecture :

« Ainsi ce courage tranquille dans une discipline librement acceptée par des hommes libres ; ainsi ce sacrifice accompli par des patriotes désintéressés valent à votre communauté une Légion d’Honneur pleinement méritée. Ainsi les Cheminots doivent-ils être inscrits au premier rang des serviteurs de la Patrie et de la République. »

 

C’est pour moi, Madame la ministre, mesdames et messieurs, un grand honneur que d’être à la tête de cette entreprise publique, consciente et forte de son histoire et résolument engagée au service du public, des territoires et de la Nation.

Je vous remercie.

 

Geneviève DARRIEUSSECQ, ministre déléguée auprès de la ministre des Armées, chargée de la Mémoire et des Anciens combattants

 

Monsieur le député,

Monsieur le secrétaire général de la Grande Chancellerie de la Légion d'Honneur,

Monsieur le Maire,

Mesdames, messieurs les élus,

Monsieur le président-directeur général de la SNCF, Mesdames, messieurs,

 

Merci pour vos mots forts. Vos mots puissants. Qui marquent, qui résonnent douloureusement en ces temps singuliers.

La mémoire nous rassemble. Elle nous rassemble par-delà les différences, les clivages et les opinions. Comme aujourd'hui ! Elle est un ciment de notre vivre ensemble et un pilier de notre cohésion nationale. Comme aujourd'hui !

La journée de commémoration du 8 mai 1945 nous le fait ressentir chaque année. Elle est un remarquable facteur d'unité et je le constate depuis 5 ans.

Je tenais à être à vos côtés pour cette cérémonie mémorielle qui sera sûrement la dernière dans ma charge actuelle. Je sais que ce rendez-vous est celui d'une fidélité sans faille, celui d'une volonté d'inscrire la mémoire des cheminots dans les cœurs et dans les âmes, de la graver dans chaque gare et d'écrire l'histoire de la Résistance avec des noms.

Je tenais à être à vos côtés car l'histoire de la SNCF durant la Seconde Guerre mondiale est celle de l'ombre et de la lumière. Cette histoire, 80 ans après, nous la regardons avec objectivité et le recul du temps. Et votre entreprise, monsieur le Président-Directeur général, a su devenir une actrice de la transmission mémorielle. Je vous en félicite et je vous en remercie. Je salue également les associations de cheminots, anciens combattants et victimes de guerre.

Entre ombres et lumières. L'histoire de la SNCF, entre 1940 et 1945, ne fut rien d'autre que le reflet de l'histoire de la France dans un des pires moments de son histoire. La SNCF n'était rien d'autre qu'un des mille visages de la France.

Il y eut les ombres et les conséquences de l'obscurantisme, celles du trouble et de l'indicible, celles de trains convoyant les déportés vers les camps et souvent vers la mort.

Les convois et les wagons à bestiaux demeurent dans l'imaginaire collectif une image ancrée de la déportation. Et, c'est l'honneur de la SNCF d'aujourd'hui d'avoir su reconnaître, expliquer et dire les mots. C'est l'honneur de la SNCF que de raviver cette mémoire et de la transmettre.

Mais dans ces heures sombres, il y eut aussi tant de lumières, tant de flambeaux d'espérance, tant de femmes et d'hommes qui ont lié leur destin à celui de la France, qui ont répondu à un appel venu du plus profond de leur libre conscience et de leur dévouement patriotique. L'histoire de la SNCF est aussi celle de la résistance héroïque de milliers de cheminots, combattants de l'armée de l'ombre. C'est cette mémoire que nous honorons aujourd'hui. Cette mémoire glorieuse qui a été consacrée par la République.

Au nom du Président de la République et du Gouvernement, j'exprime la gratitude de la Nation à tous les cheminots qui, avec leur courage infini, avec leur bravoure du quotidien, en donnant jusqu'à leur vie, ont préparé la Libération. Nous sommes réunis aujourd'hui parce que, 77 ans après le 8 mai 1945, notre reconnaissance ne faiblit pas.

Nous nous souvenons des cheminots résistants, des cheminots de la Résistance, ceux des refus du quotidien, ceux qui ont été l'honneur de la France. Tous, ils sont « Ceux du Rail ».Vous avez rappelé, monsieur le Maire, l'importance stratégique des transports ferroviaires à la fois pour l'occupant, pour la Résistance, pour la France libre et pour les forces alliées. Vous avez rappelé les multiples manières de résister, de s'engager et de ralentir la machine de guerre allemande.

 

Il y eut les résistances institutionnelles et administratives pour retarder les livraisons et tergiverser dans l'application des directives.

Il y eut la fabrication ou l'aggravation d'avaries par des techniciens habiles.

Il y eut les cheminots aidant les prisonniers de guerre à s'évader.

Il y eut la faculté à collecter et à transmettre du renseignement.

Il y eut aussi la grève, geste militant et mobilisation collective, pour refuser de travailler pour l'Allemagne.

Il y eut les sabotages entrepris sur les voies, dans les gares, sur les aiguillages, sur les signaux et sur les ponts. Il y eut des sabotages contre le matériel, les grues de relevage, les ponts tournants. Il y eut du plus discret déboulonnage jusqu'aux opérations les plus audacieuses, comme les déraillements en pleine voie.

Plusieurs milliers d'entre eux ont péri et sont morts pour la France : fusillés, abattus, déportés. Nous les honorons aujourd'hui.

Qu'ils aient sacrifié leur vie, qu'ils aient survécu, ils méritent notre hommage. « Ceux du Rail » incarnent la diversité de la Résistance. Ils étaient de tous les bords, de gauche et de droite, communistes et gaullistes, ils croyaient au ciel ou n'y croyaient pas, ils étaient « la Rose et le Réséda ». Ils ne cherchaient « ni la gloire ni les larmes ». Ils représentent une France plurielle et riche de ses différences.

Ils se sont unis au nom du même idéal, contre le défaitisme, contre la barbarie, contre l'agresseur. Leur obstination se nommait France et liberté. Pour elles, pour nos valeurs, ils avaient décidé de refuser la fatalité. Ils acceptaient, en effet, de donner leur vie, de prendre tous les risques pour que la France soit libérée, pour que sa dignité soit affirmée et que les valeurs de la République vivent à nouveau. « Ceux du Rail » savaient plus que tout ce qu'est l'intérêt national. Ils le portaient haut bien au-dessus de leurs différences. A l'image de l'ensemble de la Résistance, l'unité nationale est le cœur de l'esprit de Résistance qui doit nous guider, c'est une des leçons du 8 mai, un des messages que je continuerai à porter. Nous le savons pertinemment : « ceux qui ne peuvent se rappeler le passé, sont condamnés à le répéter ». Ceux qui le manipulent sont encore plus coupables. Ceux qui instrumentalisent et déforment les faits historiques pour justifier l'injustifiable, qui raisonnent l'irraisonnable, commettent un crime devant l'histoire et insultent la mémoire.

Je ne peux évoquer le refus de l'agression et l'unité nationale sans penser au peuple ukrainien. Debout dans l'adversité, exemplaire de courage et d'abnégation, admirable de résistance et de combativité. Les heures sombres jetées sur l'Europe de l'Est un matin de février s'éternisent. La guerre y a ressurgi avec sa cohorte de réfugiés, de victimes civiles et de violences aveugles, de combats de tranchées, de bombardements massifs et de massacres inqualifiables. Nous savons la détresse de milliers de femmes, d'hommes et d'enfants.

La France, les Français, la Nation, sont aux côtés de l'Ukraine, de son peuple, de ses soldats et de son gouvernement. Notre pays restera fidèle à son histoire et à ses valeurs, il demeurera le soldat du droit international, le combattant d'un idéal connu de tous et la sentinelle inlassable de la paix.

Je vous remercie.