Cantelaube
L’Association pour le souvenir des fusillés de Souge vous remercie de votre présence. Nous rendons hommage aux 256 hommes qui ont été fusillés à Souge entre 1940 et 1944. Les nazis ne fusillaient que les hommes alors que, bien souvent, la résistance était une affaire de famille aussi nous rendons également hommage aux 18 mères, épouses, compagnes ou sœurs de fusillés, résistantes elles aussi, qui ont été déportées et sont mortes en camp de concentration.
Notre action consiste, en dehors des cérémonies, à faire connaître ce qu’était l’idéologie nazie basée sur la recherche d’un bouc émissaire, sur la haine de tout ceux qui n’étaient pas de la race aryenne qui était, pour eux, la seule race pure. Nous recevons annuellement près de 1 000 scolaires qui viennent visiter le mémorial et nous participons au Rallye Citoyen sur 3 jours dans le camp militaire.
Le but est de faire comprendre aux enfants ce qu’était cette idéologie et les similitudes avec ce que nous pouvons entendre trop souvent aujourd’hui par certains qui recherchent également un bouc émissaire. Mais aussi pour leur faire comprendre la nécessité d’un monde qui vive en paix et qu’il faut connaître le passé pour éclairer l’avenir.
Les fusillés de Souge avaient des origines très diverses tant idéologiques : ils étaient communistes, socialistes, gaullistes, juifs, chrétiens, syndicalistes ou sans parti, sans syndicat, athées ; que professionnelles : ils étaient ouvriers, artisans, militaires, patrons, médecins, cadres etc.
Ils étaient français ou étrangers. Le plus jeune avait 17 ans, le plus âgé 69 ans.
Ils n’avaient qu’une idée faire taire le bruit des bottes et des fusils et vivre libres.
Ils étaient postiers, ouvriers de l’aéronautique, maçons et aussi cheminots.
Les cheminots ont payé un lourd tribut par leurs actions de résistance et de sabotage.
Dès le 10 août 1944 la CGT cheminots clandestine appelle à la grève insurrectionnelle. Pour faire barrage à l’occupant, les cheminots n’hésitent pas à sacrifier leur outil de travail. Ils rendent inutilisables 3 000 km de voies, ils détruisent 2 300 ouvrages d’art, 115 grandes gares, 24 grands triages, 19 ateliers de réparation et 71 dépôts.
16 000 cheminots ont été blessés, 2 500 déportés dont 1 300 sont morts dans les camps nazis, 244 sont morts au combat et 112 sont tués durant la Libération dont 8 en Gironde.
7 cheminots ont été fusillés à Souge parmi les 9 000 qui ont péri dans des actes de résistance, il s’agit de :
Honoré Balssa (43 ans), Richard Méry (55 ans), Michel Joseph Trabis (51 ans), arrêtés sur simple décision préfectorale pour leur engagement communiste et syndical à la CGT, internés au camp de Mérignac, fusillés en tant qu’otages le 24 octobre 1941.
Franck Pinaud (33 ans), Paul Puech (31 ans), membres du groupe des cheminots Résistants reconnu ultérieurement comme Réseau Résistance-Fer des Forces Françaises Combattantes, arrêtés à l’été 1942 pour propagande antinazie et pour avoir hébergé des Résistants communistes, fusillés en tant qu’otages le 21 septembre 1942.
René Migeot (36 ans) membre du groupe FTPF Bourgois, ayant à son actif à l’automne 1943 de nombreux déraillements et autres sabotages, arrêté et condamné à mort, fusillé le 26 janvier 1944 son père, ancien combattant de 14/18 et son frère sont morts en déportation.
Nous pourrions rajouter Alban Laval il n’était pas cheminot mais il travaillait pour une entreprise qui réparait les wagons S.N.C.F. donc proche du milieu cheminot. Militant communiste et syndicaliste il a été fusillé le 24 octobre 1941 il avait 58 ans.
Et enfin le couple que nous honorons aujourd’hui :
Lecture des enfants
Jean Louis Cantelaube Né le 6 octobre 1910 à Poitiers (Vienne), fusillé comme otage le 24 octobre 1941 au camp de Souge, commune de Martignas-sur-Jalle (Gironde) ; cheminot ; militant communiste et syndicaliste de Gironde.
Fils d’un employé de la Compagnie des chemins de fer d’Orléans et d’une couturière, Jean-Louis Cantelaube entra aux chemins de fer à Périgueux, aux ateliers, comme apprenti ajusteur monteur, puis comme ouvrier jusqu’en 1930. Il partit alors effectuer son service militaire. Il ne fut réintégré aux chemins de fer qu’en 1934. À Bordeaux il participa à l’activité syndicale dans la jeune section unique CGTU des cheminots de Bordeaux Saint-Jean. Il adhéra au Parti communiste et fut secrétaire de la cellule du dépôt de Bordeaux Saint-Jean en 1936. Il était alors domicilié rue de Lavaud à Bordeaux. Révoqué le 11 juillet 1940 de la SNCF, il fut arrêté le 22 novembre 1940 puis interné. Il fut l’un des cinquante otages fusillés le 24 octobre 1941 au camp de Souge en représailles à l’attentat qui coûta la vie au commandant Hans Reimers le 21 octobre 1941 à Bordeaux. Il avait 31 ans
Son épouse Germaine Cantelaube :
Née à Paris le 27 mars 1908. Fille d’un employé de bureau, domicilié d’abord à Brunoy (Seine-et-Oise) puis à Périgueux, elle était titulaire du certificat d’études primaires. Après l’arrestation de son mari, elle continua à héberger des militants clandestins et à transporter du matériel de propagande. Arrêtée le 28 août 1942, elle fut internée à la caserne Boudet jusqu’au 14 octobre 1942 puis à Romainville et déportée le 24 janvier 1943 vers Auschwitz. Elle mourut de la dysenterie à Birkenau le 31 mars 1943.
Il y en a beaucoup d’autres qui n’ont pas été fusillés mais qui sont morts au combat ou sous la torture comme Charles Domercq par exemple.
Bernard Eclancher
