Hommage aux 27 fusillés de Chateaubriant le 22 octobre 1941

 

Le mercredi 22 Octobre 1941, en début d'après-midi, les Allemands regroupent à Châteaubriant, au camp de Choisel, vingt-sept otages. Dans une baraque du camp, ils peuvent écrire une dernière lettre, avant d'être conduits à la carrière de la Sablière, située à la sortie de la ville, pour y être exécutés. Leur exécution se déroulnt en trois salves, à 15H50, 16H00 et 16H10. Tous refusent d'avoir les yeux bandés et les mains liées. Ils meurent en chantant la Marseillaise.

 

Liste des 27 otages fusillés

  • Jules Auffret, 39 ans, ouvrier gazier, de Bondy, conseiller général communiste de la Seine.
  • Henri Barthélémy, 58 ans, de Thouars, retraité de la SNCF, militant communiste.
  • Titus Bartoli, 58 ans, de Digoin, instituteur honoraire, militant communiste.
  • Maximilien Bastard, 21 ans, de Nantes, chaudronnier, militant communiste.
  • Marc Bourhis, 44 ans, de Trégunc, instituteur, militant communiste trotskiste.
  • Émile David, 19 ans, de Nantes, mécanicien-dentiste, militant communiste.
  • Charles Delavacquerie, 19 ans, de Montreuil, imprimeur, militant communiste.
  • Maurice Gardette, 49 ans, de Paris, artisan tourneur, conseiller général communiste de la Seine.
  • Désiré Granet, 37 ans, de Vitry-sur-Seine, secrétaire général de la Fédération CGT des papiers et cartons.
  • Jean Grandel, 50 ans, employé des PTT, maire communiste de Gennevilliers, conseiller général communiste de la Seine, secrétaire de la Fédération postale de la CGT.
  • Pierre Guéguin, 45 ans, de Concarneau, professeur, maire communiste de Concarneau et conseiller général du Finistère, communiste critique : refuse d'accepter le pacte germano-soviétique et rompt avec le PCF, puis se rapproche des trotskistes.
  • An Huynh-Khuong dit « Luisne », 29 ans, de Paris, professeur, militant communiste.
  • Eugène Kérivel, 50 ans, de Basse-Indre, capitaine côtier (marin pêcheur), militant communiste.
  • Raymond Laforge, 43 ans, de Montargis, instituteur, militant communiste.
  • Claude Lalet, 21 ans, de Paris, étudiant, dirigeant des Jeunesses communistes.
  • Edmond Lefevre, 38 ans, d'Athis-Mons, métallurgiste, militant communiste.
  • Julien Le Panse, 34 ans, de Nantes, peintre en bâtiment, militant communiste.
  • Charles Michels, 38 ans, de Paris, ouvrier de la chaussure, député communiste de la Seine, secrétaire de la Fédération CGT des cuirs et peaux.
  • Guy Môquet, 17 ans, de Paris, étudiant, militant communiste, fils du député de la Seine Prosper Môquet déporté au bagne de Maison-Carrée.
  • Antoine Pesqué, 55 ans, d’Aubervilliers, docteur en médecine, militant communiste.
  • Jean Poulmarc'h, 31 ans, d'Ivry-sur-Seine, secrétaire général de la Fédération CGT des produits chimiques, militant communiste.
  • Henri Pourchasse, 34 ans, d'Ivry-sur-Seine, employé de préfecture, responsable de la Fédération CGT des cheminots, militant communiste.
  • Victor Renelle, 42 ans, de Paris, ingénieur-chimiste, militant communiste, créateur du syndicat des techniciens des industries chimiques.
  • Raymond Tellier, 53 ans, de Paris, ingénieur-chimiste, militant communiste.
  • Maurice Ténine, 34 ans, d’Antony, docteur en médecine, militant communiste.
  • Jean-Pierre Timbaud, 31 ans, de Paris, mouleur en bronze, secrétaire général de la Fédération CGT de la métallurgie, militant communiste.
  • Jules Vercruysse, 48 ans, de Paris, ouvrier du textile, secrétaire général de la Fédération CGT des textiles, militant communiste.

 

Victor RENELLE

53 ans

Ingénieur - chimiste Chef de laboratoire

 

Il entre en 1931 à la société Duco. Il est arrêté par la police française le 5 octobre 1940, 97 boulevard Magenta à Paris.

Condamné à six mois de prison pour reconstitution de syndicat dissous, il est conduit à Clairvaux (Aube), puis transféré au camp de Châteaubriant (Loire-Inférieure).

Un ordre de libération arrive cependant, comprenant une condition, liée aux besoins militaires des Allemands : si l'ingénieur accepte de mettre son savoir au service de l'ennemi, il bénéficiera d'un lieu de résidence assigné.

Victor RENELLE répond qu'une libération acquise dans de telles conditions ferait de lui un traite à son pays et qu'il la refuse.

Il est fusillé le 22 octobre 1941.

 

Maurice TENINE

34 ans Docteur en médecine

Conseiller municipal communiste d'Antony

 

Naît le 10 Août 1907 à Alexandrie (Egypte).

Sa famille, des émigrés juifs de Russie acquis aux idées bolcheviques, s'installe deux ans plus tard en France, faute d'avoir obtenu un visa pour les Etats-Unis.

Les TENINE obtiennent la nationalité française en 1926. Le père travaille comme chauffeur de taxi à la compagnie G7. Maurice fait de brillantes études secondaires au lycée Lakanal de Toulouse puis au lycée Voltaire de Paris : il est présenté en 1923 au concours général en mathématiques, français et histoire.

Pendant ses études. Maurice gagne sa vie comme traducteur de l'allemand et du russe pour les Editions Pavot et les Editions sociales internationales.

On lui doit ainsi la première traduction de la Crise sexuelle, de Wilhelm REICH, en 1934.

C'est ainsi qu'il rencontre et épouse une jeune traductrice originaire de Bessarabie, Annette (Etléa) GALABURDA.

Le couple aura une fille en 1934. Son engagement politique est précoce : à l'âge de seize ans, il est arrêté lors d'une manifestation en faveur de SACCO et VANZETTI, deux anarchistes Italo-américains condamnés à mort au terme d'un procès inique. Il milite activement à l'Union fédérale des étudiants et au PCF. dont il est conseiller municipal pour Fresnes.

Il participe également en 1933 à l'accueil des réfugiés allemands. Mobilisé de septembre 1939 à juillet 1940 comme infirmier, il est déchu de son mandat d'élu le 9 février 1940. Après la défaite, il retourne à la vie civile et à son cabinet. Il crée en janvier 1941, avec son confrère Jean-Claude BAUER, le journal clandestin « Le Médecin français ». Arrêté le 17 février 1941, il est interné administratif à Clairvaux puis, en mai suivant, à Châteaubriant. Médecin-major, il endosse sa vareuse d'officier de Santé français lorsqu'il est désigné parmi les 27 otages de Châteaubriant.

Le 29 août 1945, il est fait chevalier de la Légion d'honneur à titre posthume, avec attribution de la croix de guerre avec palmes, en tant que pionner de la Résistance médicale. Sa femme, également membre du PCF, est arrêtée près de Nice en octobre 1943 et internée à Drancy. Déportée, elle meurt à Auschwitz.

Julien LE PANSE

34 ans

Peintre en bâtiment

 

Arrêté au début de 1941 pour reconstitution du syndicat illégal CGT sur le lieu de son travail, il est emprisonné à Nantes et envoyé à Châteaubriant à la fin d'avril 1941.

Il loge à la baraque n°3 du «PI» qui deviendra plus tard la «22».

C'est là que le 22 octobre on vint le chercher pour le conduire au supplice.

Julien Le Panse rédigea lui-même le jour du crime ce poignant appel si plein de confiance dans l'avenir :

 

« Adieu, adieu camarades, prenez courage, nous serons vainqueurs. Vive l’Union Soviétique, julien. Fusillé par les Allemands.»

 

 

   

Jules VERCRUYSSE

48 ans

Secrétaire de la Fédération CGT du textile
             
             

 

Né le 1er mai 1893 à Roncq (Nord) Travaille dans l'industrie textile.

Mobilisé et blessé au visage durant la première guerre mondiale. Il fut décoré de la Croix de guerre et de la médaille militaire.

Il milite activement au sein de l'Association républicaine des anciens combattants (ARAC). Il adhère au Parti communiste.

Secrétaire du syndicat unitaire du Textile de la Seine en 1929.

Secrétaire du syndicat général des ouvriers et ouvrières de la teinture et parties similaires de la région parisienne qui est dissous le 21 novembre 1939.

Arrêté le 5 octobre 1940, il fut interné successivement dans plusieurs prisons avant d'arriver au camp de Châteaubriant, avec le groupe des «cent», le 15 mai 1941.

 

 

Jules AUFFRET

39 ans

Conseiller général communiste de la Seine Maire adjoint de Bondy

 

 

 

Arrêté en novembre 1939 en vertu du décret Daladier, il est interné successivement à Maillet, l'île d'Yeu, Aincourt, Fontevrault. Clairvaux et enfin Châteaubriant où il arrive le 15 mai 1941. De la baraque 6 qu'il occupe, il est envoyé à la 19 le 23 septembre.

Jules Auffret est doué d'un sang-froid et d'une force de caractère peu communs.

Le matin du 22 octobre, alors qu'il savait qu'il allait mourir le jour même, il dit à l'un de ses camarades qui le regardait tristement laver son linge : «ça donnera moins de travail à ma femme, mais il n'aura pas le temps de sécher, tu t'en occuperas si tu n'es pas du voyage.» Et comme son ami pleurait, il ajouta encore :

«Ne pleure pas, c'est dans l'ordre des choses, l'essentiel pour ceux qui restent, c'est de ne pas oublier».

                            

           

Jean POULMARCH

31 ans

Secrétaire du syndicat CGT des industries chimiques

Naît à Paris en 1910, dans une famille de cheminots d'origine bretonne. Entré dans les chemins de fer après l'obtention de son brevet, il adhère très jeune à la CGTU et à la Jeunesse communiste, devenant membre de son comité central en 1936. A partir de 1938, il est secrétaire général du syndicat CGT des produits chimiques de la région parisienne. Il appartient également, de 1936 à 1940, au Conseil national économique.

La déclaration de guerre, en septembre 1939, le trouve à Constantine, où il est mobilisé. Libéré de ses obligations militaires un an plus tard, il rentre clandestinement en métropole, à Ivry-sur-Seine, où il participe à la constitution des Comités populaires et à l'organisation des syndicats clandestins. Arrêté le 5 octobre 1940, il est interné successivement à Aincourt, à Fontevrault, à Clairvaux puis au camp de Choisel (Châteaubriant). Il est fusillé à la carrière de La Sablière le 22 octobre 1941.

 

Jean GRANDEI

50 ans

Maire communiste de Gennevilliers Conseiller général de la Seine

Ancien secrétaire de la Fédération CGT de la poste

 

 

Arrêté fin octobre 1940, interné à Aincourt qu'il quitte le 4 décembre pour la centrale de Fontevrault, puis celle de Clairvaux.

Le lendemain du 22 octobre, on retrouva sur les parois de la baraque 6 cette courte inscription signée Grande! :

 Nous vaincrons quand même

                               

Henri BARTHELEMY

58 ans

Cheminot retraité

 

 

 

Arrêté en même temps que sa femme à Thouars (Deux Sèvres) Pour diffusion du journal clandestin «l'Humanité», il arrive à Châteaubriant le 4 juillet 1941.

De taille herculéenne, il est d'un naturel très doux, chacun l'estime pour son bon sourire et le respecte pour ses cheveux blancs.

C'est la tête haute, qu'il sortira de la 6 pour se rendre au supplice, refusant l'aide que voulait lui apporter un soldat pour monter dans le camion.

11 fut avec Timbaud et Pourchasse, le signataire de cette phrase retrouvée le lendemain sur la paroi de la sinistre baraque :

«Vive le Parti communiste qui fera une France libre, forte et heureuse !».

   

Guy MOQUET

17 ans

Etudiant Militant des JC

 

 

 

 

II naît à Paris le 26 avril 1924. Etudiant au lycée Carnot, il se passionne très tôt pour la politique et choisi, dès l'arrestation de son père, le syndicaliste cheminot et député communiste Prosper Moquet. de suivre ses traces.

Le 13 octobre 1940, Guy Môquet, alors âgé de 16 ans, est arrêté Gare de l'Est par des policiers français qui recherchent les militants communistes. On l'interroge. On veut lui faire livrer les amis de son père.

Incarcéré à la prison de Fresnes, le jeune militant est inculpé, sous le même chef d'accusation que son père, «d'infraction au décret du 26 septembre 1939, portant dissolution des organisations communistes». Le 23 janvier 1941, il est acquitté par la 15e chambre correctionnelle de Paris, et doit être mis en liberté surveillée.

Guy Môquet n'est pourtant pas relâché. Au contraire, il est transféré à la prison de la Santé, à Paris, le 10 février suivant. L'adolescent s'impatiente, écrit au procureur mais rien n'y fait. Il est transféré à la prison de Clairvaux, dans l'Aube, puis au camp de Choisel à Châteaubriant, en Loire-Inférieure (Loire-Atlantique actuelle), où sont détenus d'autres militants communistes généralement arrêtés entre l'automne 1939 et 1940.

Arrivé le 16 mai 1941, il est à la baraque 10, la baraque des jeunes où il lie de nombreuses amitiés.

 

22 octobre 1941

Guy Môquet va mourir. Quelques minutes avant d'être conduit sur le lieu d'exécution, alors rassemblés avec ses camarades dans la baraque 6, il écrit une dernière lettre à sa famille, cette fameuse lettre qui commence par, «Je vais mourir !», et se termine par, «Je vous embrasse de tout mon cœur d'enfant».

Enfin, il griffonne un dernier petit mot pour une jeune communiste, Odette Leclan (aujourd'hui Odette Nilès), militante de l'Union des jeunes illes de France. Il a fait sa connaissance un mois plus tôt alors qu'elle vient d'être internée au camp de Choisel et multiplie les contacts à travers une palissade de bois surmontée d'un grillage, qui sépare le secteur des garçons et celui des filles.

Tombés rapidement amoureux, le jeune Guy regrette, dans ses dernières lignes, le baiser qu'elle lui avait promis.


 

Eugène KERIVEL

50 ans

Marin – pêcheur

 

Arrêté avec sa femme pour propagande anti Allemande, il fut l’un des premiers internés politiques du camp de Châteaubriant Châteaubriant. Il habitait la baraque n° 20 où les bourreaux vinrent le prendre le 22 octobre pour le conduire à la baraque 6 où furent enfermés les otages.

Lorsque l'officier allemand eut déclaré aux condamnés qu'il leur accordait une heure pour écrire leurs dernières lettres, Eugène Kérivel demanda et obtint de faire ses adieux à sa femme internée elle aussi dans le camp, (baraque 21).

Madame Kérivel et son mari se retirèrent dans un coin de la baraque n°6 en présence d'un garde. Ils s'étreignirent, la femme sanglotait doucement, mais l'homme était calme, cherchant encore à la consoler.

Quand l'heure de la séparation arriva, La femme d'Eugène montra Guy Môquet et dit :

« Je n'ai que mon homme, fusillez-moi à la place de ce gosse.»

Le tortionnaire eut un geste évasif et dit au gendarme : «Reconduisez-la.»

Emile DAVID

19 ans.

Mécanicien - dentiste

Arrêté à Nantes, au début de Tannée 1941, à la suite de manifestations anti Allemandes organisées par la Jeunesse communiste dont il est le secrétaire, il est envoyé à Châteaubriant fin avril 1941.

Il est sportif et chaque dimanche participe aux compétitions.

Voisin de lit de Maximilien Bastard, ils sont liés tous les deux par une profonde amitié. Ils suivent ensemble un cours de langue étrangère, et chaque matin, au cours d'une promenade sur la piste, ils s'exercent mutuellement à la prononciation.

 

Edmond LEFEVRE

38 ans

Métallurgiste

 

 

Arrêté le 6 octobre 1940, il est interné à Aincourt.

Au début d'avril 1941, une grève de protestation contre l'insuffisance de la nourriture à lieu dans ce camp. Considéré comme le meneur, il est envoyé à la centrale de Poissy pour un mois et le 5 mai, il est envoyé à Châteaubriant.

Ce père de quatre enfants, qui ne verra jamais son dernier né, figure sur la liste des otages du 22 octobre.

Sur la paroi de la baraque, où la sentence de mort fut signifiée aux martyrs, on retrouvera le lendemain cette courte inscription parmi les autres :

«Edmond LEFEVRE

38 ans Métallurgiste

Arrêté le 6 octobre 1940, il est interné à Aincourt.

Au début d'avril 1941, une grève de protestation contre l'insuffisance de la nourriture à lieu dans ce camp. Considéré comme le meneur, il est envoyé à la centrale de Poissy pour un mois et le 5 mai, il est envoyé à Châteaubriant.

Ce père de quatre enfants, qui ne verra jamais son dernier né, figure sur la liste des otages du 22 octobre.

Sur la paroi de la baraque, où la sentence de mort fut signifiée aux martyrs, on retrouvera le lendemain cette courte inscription parmi les autres :

«Edouard Lefèvre, mort pour son parti et la France.»

 

 

Désiré GRANET

37 ans

Secrétaire de la Fédération CGT du papier-carton

 

        

Né le 10 janvier 1904 à Ivry-sur-Seine (Seine) Jeune adhérent des Jeunesses communistes.

Mobilisé le 8 septembre 1939 dans la DCA, il fut démobilisé le II août 1940.

En 1930, il adhère au Parti communiste. Il habite à Vitry-sur-Seine (Seine).

En 1935 il entame une activité de syndicaliste et participe et dirige en 1936 les grèves à Vitry.

Le PC interdit il entre en clandestinité.

Il est arrêté le 4 octobre à Vitry et connut les camps d'internement et plusieurs prisons. Il est transféré à Châteaubriant le 15 mai 1941 et fusillé le 22 octobre.

 

Claude LALET

21 ans

Etudiant

 

 

 

Arrêté au début de l'année 1941, au cours d'une manifestation déjeunes patriotes contre l'occupant.

Incarcéré à la Santé, il obtint l'autorisation de se marier pendant sa détention.

Sa jeune femme .aussitôt, entreprend de multiples démarches pour obtenir sa libération. Au ministère de l'intérieur on lui fait d'évasives promesses, puis un jour une lettre signée du ministre l'informe que son mari sera libre le 23 octobre .

Tout heureuse elle se présente le matin de ce même jour à la porte du camp, où on lui communique l'affreuse nouvelle son jeune époux de 21 ans a été fusillé la veille.

 

 

Charles MICHELS

39 ans

Député communiste de Paris Secrétaire de la Fédération CGT des cuirs et peaux

 

       

Arrêté le 5 octobre 1940, détenu au camp d'Aincourt, puis successivement dans les prisons centrales de Fontevrault et Clairvaux, est transféré finalement à Châteaubriant, où il arrive le 15 mai 1941. Désigné comme responsable de la direction illégale du camp après les évasions du 19 juin 1941, il monte à la baraque des otages le 23 septembre. Informé par un gendarme de la garde le 21 octobre que des otages pris dans le camp seraient fusillés le lendemain, il convoque dans la nuit la direction illégale «19», baraque des otages, propose qu'après la signification de la sentence aux victimes, celles-ci répondent en entonnant le chant national et que tous les internés du camp les soutiennent en chantant avec les condamnés.

C'est ainsi que le 22 octobre 1941, vers 14h30, de la baraque où était parqués les otages s'éleva d'abord la voix de Charles Michels, puis celle de tous les héros. Et, la «Marseillaise» fut reprise par les 700 internés du camp, les visages ruisselants de larmes.

Par ceux dont l'heure n'était pas encore venue: par ceux qui devaient en sortir et qui n'oublieront jamais, ni les martyrs ni les bourreaux.

 

Charles DELAVACQUERIE

19 ans

Imprimeur

 

 

 

Arrête en décembre 1940 pour son activité patriotique au sein de la section des Jeunesses

communistes de Montreuil - sous - Bois dont il est membre.

Il est emprisonné à la Santé, puis envoyé à Châteaubriant au début d'avril 1941.

Serviable et doux, timide presque, il ne participait que très rarement aux compétitions sportives organisées le dimanche par les jeunes.

Il fut courageux devant la mort pour laquelle les valets de l'occupant l'avaient désigné parce que, sans doute, comme Guy Môquet, il n'était encore qu'un enfant de 19 ans

Titus BARTOLI

58 ans

Instituteur

 


 

Il nait le 22 Février 1883 à Palneca dans une famille d'agriculteurs-éleveurs. A sa sortie de l'école normale d'Ajaccio, il est nommé instituteur dans l'Allier, de 1905 à 1910, puis en Saône-et-Loire. à Dijon en 1910. Il y fera l'essentiel de sa carrière, s'enracinant, par son mariage en terre bourguignonne, tout en restant profondément attaché à sa Corse natale. Il sera blessé et décoré pendant les quatre années de guerre de 1914 à 1918 (cité Croix de Guerre et médaille militaire. C'est dès la fondation du Parti Communiste en 1920 dont il devient un militant actif en tant que secrétaire du rayon de Digoin. Enseignant estimé de tous il est aussi engagé dans le syndicalisme. Il quittera renseignement en 1938 par suite de sa mise à la retraite.

En 1939, le Parti Communiste est interdit et la répression s'abat sur ses membres. Dès la fin octobre, il est signalé comme continuant une « certaine activité » par le sous-préfet Charolles

En 1941 la guerre prend une dimension nouvelle, la Résistance communiste s'amplifie . la répression conjointe des autorités de Vichy et de l'occupant nazi conduit à l'arrestation de Titus Bartoli pour distribution de tracts, le 21 juillet 1941. Il sera interné quelques semaines plus tard à Chateaubriand.

Le 22 octobre, Titus Bartoli montre beaucoup de calme et de courage, comme l'écrit son compagnon de détention , Fernand Grenier dans « Ceux de Chateaubriand » : « Après son transfert à la baraque 19, celle des otages, il a continué sa promenade habituelle, sans faire allusion à sa situation d'otage. Tous nous avons aimé ce grand gaillard, toujours plein de bon sens et de franchise.

                                      

 

Antoine PESQUE

55 ans

Docteur en médecine.

                    

Arrête au début de l'année 1941, écroué à la Santé, puis à la centrale de Clairvaux, il arrive à Châteaubriant le 15 juin 1941.

A Aubervilliers, la ville où il exerce, le docteur PESQUE est bien connu des familles des pauvres dont il est le médecin dévoué et désintéressé.

Au camp, il se dévoue sans relâche pour apporter ses soins aux malades, malgré la pauvreté des moyens mis à la disposition des docteurs. Il harcèle sans cesse la direction pour obtenir les médicaments qui font défaut.

Le 23 septembre, avec ses trois collègues internés, il est envoyé à la baraque 19, qu'il quitte un mois plus tard, pour la carrière où il trouvera une mort héroïque.

 

1921

 

C'est l'année, le 28 janvier précisément où le soldat inconnu est inhumé sous l'Arc de Triomphe lors d'une cérémonie officielle.

 Émise dès novembre 1916, l'idée d'honorer un soldat inconnu ne se concrétise qu'après l'Armistice, le lieu d'inhumation faisant encore l'objet de débats.

Le 8 novembre 1920, la chambre des députés décide enfin du lieu et le 11 novembre 1920, le cercueil fait son entrée solennelle sous l'Arc de Triomphe mais ne sera mis en terre que le 28 janvier suivant.

L’Arc de Triomphe est un haut lieu symbolique depuis que la dépouille du soldat inconnu a été inhumée.

Deux ans plus tard, André Maginot, alors ministre de la Guerre, soutient le projet d’y installer une "flamme du souvenir" qui est allumée pour la première fois le 14 novembre 1923. Elle commémore le souvenir des soldats morts au combat et ne s’éteint jamais...

LE MONT VALERIEN

 

Le Mont-Valérien, à Suresnes (Hauts-de-Seine), est une belle colline qui domine Paris de toute sa masse boisée. Haut lieu de mémoire, il s’agit surtout du premier site français d’exécution de résistants et d’otages par les nazis durant la Seconde Guerre mondiale. C’est ici que Missak Manouchian et ses camarades ont été passés par les armes. Au total, 1 008 personnes ont été fusillées dans la clairière, dont Honoré d’Estienne d’Orves, Gabriel Péri, Boris Vildé, Georges Paulin, Jacques Solomon, Georges Politzer ou Joseph Epstein...

Une nouvelle signalétique permanente a vu le jour à l’intérieur du site, ainsi qu’une toute première exposition temporaire. Visible en plein air, elle est dédiée aux auteurs des 31 graffitis encore visibles dans la chapelle.

« La plupart ont été réalisés le 2 octobre 1943. Ce jour-là, 50 résistants et otages ont été conduits ici pour être exécutés. Ils ont été enfermés dans la chapelle avant la sentence. C’est là qu’ils ont gravé leurs derniers mots avant de mourir »

Dans la chapelle, il y avait aussi Louis Melotte, otage communiste arrêté avec un pochoir « Boches assassins » sur lui. Ou encore le communiste juif Chuna Bajtsztok, le membre de l'état-major de l'Armée secrète Armand Dutreix, ou le jeune Jean Rimbert, qui peignait des croix de Lorraine en ville et participait à des actions de sabotage.

 « Sur les 1008 fusillés, 60 % sont des résistants condamnés à mort par un tribunal militaire allemand. Les autres sont fusillés en tant qu'otages pour ce qu'ils sont: des juifs et des communistes. On voit bien quel était le projet répressif de la Wehrmacht: tuer les ennemis immédiats armés et tuer les ennemis idéologiques ciblés.

L’immense majorité des fusillés du Mont-Valérien ont été arrêtés et livrés aux Allemands par des Français.

En tout, 22 na­tionalités sont représentées parmi les vic­times du Mont-Valérien.

« Soit 20 % d'étrangers et 17 % des fusillés sont juifs. D'un point de vue partisan, 65 % sont communistes et 35 % représentent la totalité des composantes de la Résistance combattante, dont les gaullistes.

La cloche porte les noms des 1008 exécutés 

Cette exposition temporaire sera remplacée en décembre, par une autre consacrée à la construction des mémoires

Il est donc possible de découvrir le Mont, pour se souvenir des 1009, âgés de 17 à 72 ans. En ce moment, un grand soleil de printemps éclaire la colline.

De quoi se dire « que la nature est belle et que le cœur me fend ».

L’ANCAC participera à la cérémonie d’hommage aux fusillés

du Mont-Valérien qui aura lieu le samedi 25 mai 2019 à 14H

1921

 

 

 

C'est l'année - le 28 janvier précisément où le Soldat inconnu est inhumé sous l'Arc de Triomphe lors d'une cérémonie officielle.

 Émise dès novembre 1916, l'idée d'honorer un soldat inconnu ne se concrétise qu'après l'Armistice, le lieu d'inhumation faisant encore l'objet de débats.

Le 8 novembre 1920, la Chambre des députés décide enfin du lieu et, le 11 novembre 1920, le cercueil fait son entrée solennelle sous l'Arc de Triomphe mais ne sera mis en terre que le 28 janvier suivant.

L’Arc de Triomphe est un haut lieu symbolique depuis que la dépouille du Soldat Inconnu a été inhumée.

Deux ans plus tard, André Maginot, alors ministre de la Guerre, soutient le projet d’y installer une "flamme du souvenir" qui est allumée pour la première fois le 14 novembre 1923. Elle commémore le souvenir des soldats morts au combat et ne s’éteint jamais...

Les violons de la Shoah : la musique contre l’oubli.

Des violons ayant appartenu à des déportés juifs dans les camps de la mort ont résonné à Dresde le temps d’un concert. Ils ont été patiemment restaurés par Amnon Weinstein, un luthier israélien lui-même issu d’une famille de juifs lituaniens ayant échappé à la Shoah.


 

Le soir là sur la seine du Philarmonique de Dresde (Allemagne) Amnon Weinstein reçoit une ovation debout du public, c’est lui, le luthier de Tel Aviv qui a redonné vie aux violons des déportés juifs d’Auschwitz que les musiciens du Philarmonique viennent de faire résonner.

Chacun des 16 violons a résonné dans les camps de la mort. Les nazis imposaient aux musiciens juifs de jouer pour accompagner les condamnés vers les chambres à gaz. Le luthier Israélien a entamé son travail de restauration de ces instruments il y a 20 ans. Il a redonné vie à plus de 60 violons parmi ceux-ci un violon marqué à l’intérieur par le luthier allemand qui l’a fabriqué ; Il avait écrit <<Heil Hitler en 1936  et dessiné une croix gammée>> il faut que ça reste.

Chaque violon à son histoire comme celui qu’il a dû nettoyer d’une épaisse poussière noire … celle des cendres des fours crématoires.

Benny Boret, lui, a confié au luthier de Tel Aviv un violon rescapé de la guerre. Il a appartenu à un jeune juif lyonnais et qui enfermé dans un train qui les conduisait à Drancy en 1942 a pu confier son instrument à un cheminot. Benny Boret raconte <<c’est un violon, je n’en n’ai  plus besoin, je vais vous le faire passer par la petite ouverture au dessus de la porte mais promettez moi de le garder. L’instrument est resté longtemps caché. Il porte aujourd’hui le nom du père de Benny Boret rescapé lui aussi de la Shoah.

Dans son atelier de Tel Aviv Amnon Weinstein continu de recevoir des instruments à restaurer.

Pour moi, c’est une mission de retrouver tous les violons qui ont quelque chose à raconter  de la guerre parce qu’il ne faut pas oublier ça. Si on écoute bien la musique, ont peut comprendre ce qu’ils veulent dire, les violons parlent, les violons racontent.

Le 27 janvier 2019 sera l’anniversaire de la libération du camp de la mort d’Auschwitz par les troupes soviétiques. N’oublions jamais les millions de morts de la Shoah exterminés par un régime qui se croyait la race supérieure et qui ont anéanti des millions de femmes d’enfants, d’hommes de tous âges et de conditions sociales différentes.

A l’heure où le populisme refait surface en Europe n’oublions jamais les victimes innocentes de la Shoah.

Annette COLAS

Amie de l’ANCAC